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jeudi 26 mai 2011

Relecture: La conjuration des imbéciles

Ca faisait bien  7-8 ans que je ne m'étais pas offert le luxe suprême de RElire (point de vue de libraire frustrée..). J'ai donc choisi un de mes livres fétiches, car ce n'est pas demain la veille que je me le permettrai à nouveau !
J'ai nommé tadadatata : "La conjuration des imbéciles".



Je viens de remettre la main sur mon calepin Fifi Brindacier offert par ma soeur, rempli jusqu'à la dernière page, qui est l'ancêtre lointain de ce blog (pour ce qui me concerne !). J'y consignais alors toutes mes lectures pour en garder une trace (ce qui était loin d'être inutile car la moitié des titres m'étaient complètement sortis de l'esprit...) Et vous savez quoi ? Et bien c'est Ignatius qui ouvre le bal ! Alors je vais retaper tels quels les quelques mots que j'avais noté à l'époque (le recyclage est bien dans l'air du temps non ?).

La conjuration des imbéciles ou les tribulations d'Ignatius Reilly, jeune homme marginal et décalé, à la fin des 60's, dans les bas-fonds de la Nouvelle-Orléans. Les personnages sont hauts en couleur, les dialogues cinglants et l'esprit d'Ignatius complètement délirant ! Ce roman offre une critique caustique d'une Amérique désenchantée, armé d'épisodes cocasses, de théories hilarantes et d'une dérision stupéfiante. Délicieusement drôle et pertinent.

Il faut quand même ajouter la p'tite histoire de ce livre, qui ne manque pas d'une cruelle ironie, même ton, humour noir bien grinçant...
John Kennedy Toole a écrit ce roman à trente-deux ans, et n'était alors qu'un jeune inconnu. Il fait le tour de tous les éditeurs pour leur soumettre son manuscrit mais essuie refus sur refus. Persuadé de n'être qu'un écrivain râté, il se suicide en 1969. Dix ans plus tard, sa mère ayant harcelé toute la profession éditoriale, le livre est enfin publié par l'écrivain Walker Percy. La conjuration remporte immédiatement un énorme succès et Toole recevra le prestigieux prix Pulitzer à titre posthume en 1981.
Je terminerai par la citation de Swift qui ouvre le livre:
"Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui."

Julie.

"La conjuration des imbéciles" John Kennedy Toole, traduit de l'américain par Jean-Pierre Carasso, ed. 10/18

vendredi 11 mars 2011

Long week-end

Henry, 13 ans, ado ordinaire, commençant sérieusement à s'intéresser aux filles, vit seul avec sa mère, Adele, une femme très belle, mais vivant quasiment recluse depuis son divorce. Quelques jours avant la rentrée des classes, elle est obligée de conduire Henry acheter des fournitures scolaires au supermarché. C'est en essayant désespérément de feuilleter un Playboy qu' Henry va tomber sur Frank, taulard en cavale venant tout juste de s'évader, blessé, qui lui demande son aide. Adele et Henry l'emmènent donc chez eux. C'est ainsi que débute ce long week-end caniculaire de Labor Day, qui changera radicalement leur vie à tous les trois.


Ce roman offre immédiatement une atmosphère particulière, étouffante, caniculaire mais à la fois fraîche et joyeuse, bien qu'emprunte d'une certaine mélancolie.
Cette rencontre entre ces trois êtres plus ou moins abîmés par la vie leur apporte comme une deuxième chance. L'amour fulgurant, inconditionnel, évident qui lie tout de suite Frank et Adele donne le rythme. Henry est tiraillé par l'affection réciproque qu'il ressent pour Frank, le bonheur de voir sa mère si heureuse et la terreur de la perdre. Ces quelques jours passés tous les trois, comme une vraie famille, seront décisifs. C'est assez étrange, tout va très vite, mais en même temps, on ressent une certaine lenteur, langueur, un espèce de ralenti dû à la chaleur caniculaire de cette fin d'été. On savoure avec eux les petites choses ordinaires de la vie qu'on oublie trop souvent d'apprécier, comme la confection d'une tarte aux  pêches par exemple. Bon ça fait un peu tarte dit comme ça (ahahaha ! désolée, pas pû m'empêcher -sans deuxième mauvais jeu de mots-), mais il n'empêche qu'elle m'a bien fait saliver cette tarte, même que je l'ai sentie dégouliner sur mon menton..
Bref, trêve de plaisanteries douteuses, j'ai passé un bon moment, un peu hors du temps, pas inoubliable, mais une belle lecture quand même avec son petit suspens quant à l'issue de l'histoire.

Julie

"Long week-end" Joyce Maynard, traduit de l'américain par Françoise Adelstain, ed. 10/18

dimanche 2 janvier 2011

Le temps où nous chantions

Comment dire ? Ce livre est tout simplement... génial, au sens premier du terme.
Foisonnant, il nous embarque à travers un demi-siècle d'histoire des Etats-Unis, au coeur de la lutte pour les droits civiques par le biais d'une famille "mixte". Tout commence en 1939, lorsque se rencontrent Delia Daley, une jeune femme noire et David Strom, un juif allemand fuyant le nazisme.
C'est avec leur passion pour la musique qu'ils tentent de préserver leur amour malmené par la bienséance et d'élever leurs trois enfants au milieu de cette grande cacophonie américaine.


Jonah, l'aïné embrasse une carrière de ténor, accompagné par son cadet Joseph au piano, tandis que Ruth, la benjamine, s'engage aux cötés des Black Panthers. Joseph, le narrateur, essaye tant bien que mal de garder cette famille soudée malgré les drames qui viennent jalonner leur existence.
Je ne peux pas en dire plus sans m'embarquer dans des dizaines de pages qui n'auraient aucun intérêt, il faut lire ce livre extraordinaire où l'on croise Einstein (David Strom est physicien) , Martin Luther King, Rodney King et bien d'autres, où l'on est happé par la violence des émeutes raciales qui déchirèrent l'Amérique, mais surtout où l'on s'attache au destin d'une famille dont les membres sont des personnages emprunts d'une humanité rare. Et puis surtout, chaque page respire la musique, classique, ancienne, jazz, soul, rap... La musique se place ici comme un enjeu identitaire majeur et est présente à chaque instant de ce roman-fleuve, roman-torrent même.

"On sort de ce fleuve ému, bouleversé et admiratif : sans jamais écrire un roman politique, ni polémique, Richard Powers a décrit, à voix feutrée, l'échec définitif d'un idéal." Christophe Mercier

Ce roman est un monument qui plaira aux gros lecteurs (1046 pages en petits caractères bien serrés) et aux amoureux de l'Histoire et de la musique, mais aussi à tous ceux qui aiment se laisser embarquer dans un fleuve qui emporte tout sur son passage. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, et j'étais avide de poursuivre les "aventures" de cette famille singulière qui me hantera encore pendant un petit bout de temps, on ne sort pas intact de cette lecture.

Julie

"Le temps où nous chantions" Richard Powers, traduit de l'américain par Nicolas Richard, Le Cherche Midi, 10/18 pour la version poche, 2006 et 2008